Risque nucléaire : où en est-on ?

Le risque nucléaire est la raison d'être de l'horloge de l'apocalypse, et il pèse le plus lourd dans le simulateur : c'est le seul scénario capable de basculer le monde en moins d'une heure. Après trente ans de baisse, il remonte depuis 2019. Voici où l'on en est, sans sensationnalisme.

Combien d'armes, et qui les possède ?

Environ 12 100 têtes nucléaires existent début 2026 selon la Federation of American Scientists, dont ~9 600 dans les stocks militaires et ~3 900 déployées. La Russie (~5 500) et les États-Unis (~5 000) en détiennent près de 90 %. Suivent la Chine (~600, en croissance rapide), la France (290), le Royaume-Uni (225), l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. Au plus haut de la guerre froide (1986), il y en avait 70 000 : la baisse a été réelle, mais elle s'est arrêtée, et la Chine est le premier État à augmenter significativement son arsenal depuis trente ans.

Qu'est-ce qu'un hiver nucléaire ?

Les explosions sur des villes déclencheraient des incendies géants dont la suie monterait dans la stratosphère, au-dessus des pluies qui pourraient la lessiver. Elle y resterait des années, bloquant la lumière du Soleil. Une étude de référence (Xia et al., Nature Food, 2022) estime qu'une guerre États-Unis–Russie de 4 400 têtes ferait chuter les températures de plusieurs degrés et la production agricole mondiale de 90 % la deuxième année : plus de 5 milliards de morts par famine. Même une guerre « limitée » Inde–Pakistan (100 têtes) tuerait jusqu'à 2 milliards de personnes par ses effets climatiques. L'hiver nucléaire, pas les explosions, est ce qui fait de la guerre nucléaire un risque civilisationnel.

Pourquoi le risque remonte-t-il ?

Les accidents évités de justesse

Le risque n'est pas seulement la guerre voulue, c'est l'erreur. En 1983, l'officier soviétique Stanislav Petrov a jugé, seul, qu'une alerte de lancement américaine était une fausse alarme (c'était un reflet de soleil sur des nuages). En 1995, une fusée scientifique norvégienne a été prise pour un missile Trident et la mallette nucléaire russe a été activée. En 1979 et 1980, des exercices et une puce défectueuse ont déclenché de fausses alertes aux États-Unis. Chaque cas a été résolu par un humain qui a douté.

Ce qui a déjà fait reculer l'horloge

Neuf reculs depuis 1947, tous liés à la maîtrise des armements : interdiction partielle des essais (1963), TNP (1969), SALT I (1972), INF (1988), START I (1991), New START (2010). La leçon est claire : les traités marchent. Ils ont fait passer les arsenaux de 70 000 à 12 000 têtes. Un successeur à New START, un traité d'interdiction complète des essais enfin ratifié, ou l'adhésion de nouveaux États au Traité d'interdiction des armes nucléaires (TIAN, 2021, 73 États parties) seraient les signaux les plus forts.

Et à mon échelle ?

Le nucléaire est le domaine où l'action individuelle semble la plus dérisoire. Trois choses pèsent pourtant : où votre banque et votre assurance-vie sont investies (la campagne Don't Bank on the Bomb recense les financeurs de l'armement nucléaire) ; la position de vos élus sur le TIAN et le budget de dissuasion ; et votre soutien aux organisations qui font le travail d'expertise (ICAN, prix Nobel de la paix 2017 ; Bulletin ; IDN en France). Voir Agir.