Climat : une horloge dans l'horloge

Le climat est entré dans l'horloge de l'apocalypse en 2007, soixante ans après sa création. Depuis, chaque déclaration du Bulletin lui consacre une section. Mais il fonctionne autrement que le nucléaire : pas d'instant fatal, une dégradation lente qui aggrave tous les autres risques. C'est pour cela que « fin du monde » est le mauvais mot — et que le danger est réel.

Où en est-on ?

La température moyenne mondiale a dépassé +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle sur l'année 2024 — la première fois pour une année civile entière — et 2025 se classe juste derrière (Copernicus, OMM). Les émissions mondiales de CO₂ n'ont pas encore commencé à baisser : ~37 milliards de tonnes en 2024, un record. Au rythme actuel, le budget carbone compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C sera épuisé avant 2030.

Qu'est-ce que l'horloge climatique ?

La Climate Clock (climateclock.world), lancée en 2020 sur une façade de Manhattan, est un vrai compte à rebours : elle affiche le temps restant avant l'épuisement de ce budget carbone, calculé par le Mercator Research Institute (MCC Berlin). Elle indique aussi une « ligne de vie » : la part d'énergie renouvelable dans le mix mondial. Elle est complémentaire de l'horloge de l'apocalypse : l'une compte des tonnes, l'autre exprime un jugement.

Les points de bascule

C'est le cœur de l'inquiétude scientifique. Certains éléments du système climatique peuvent basculer de façon brutale et irréversible une fois un seuil franchi : la calotte du Groenland (+7 m de niveau marin à terme), l'Antarctique de l'Ouest, le pergélisol (qui libère du méthane), les récifs coralliens (déjà en cours), la circulation océanique atlantique (AMOC) dont un ralentissement bouleverserait le climat européen. Le Global Tipping Points Report (2023) estime que cinq de ces seuils sont à portée dès +1,5 °C. C'est ce que représente la carte « point de bascule » du simulateur.

Pourquoi ce n'est pas la fin du monde — et pourquoi c'est grave quand même

Aucun scénario du GIEC, même le pire, ne conduit à l'extinction de l'humanité. Un réchauffement de +3 °C ou +4 °C rendrait en revanche certaines régions inhabitables une partie de l'année, ferait chuter les rendements agricoles dans les tropiques, déplacerait des centaines de millions de personnes et multiplierait les conflits pour l'eau et la terre. Le climat n'est pas la bombe : il est le multiplicateur qui rend la bombe plus probable. Dans le simulateur, activez un point de bascule puis une guerre régionale : c'est cet enchaînement.

Ce qui a marché

Le trou dans la couche d'ozone : le protocole de Montréal (1987) a interdit les CFC et la couche se reconstitue — le seul traité environnemental ratifié par tous les pays du monde. Le solaire : son coût a chuté de 90 % en dix ans et il est devenu l'énergie la moins chère de l'histoire dans la plupart des régions. Les émissions de l'Union européenne ont baissé de 37 % depuis 1990 avec une économie en croissance. Rien de tout cela n'était acquis en 2007.

Et à mon échelle ?

Les gestes individuels (déplacements, chauffage, alimentation, aviation) comptent, mais leur effet principal est social : ils normalisent un comportement. Les leviers à plus fort effet sont ceux qui touchent au collectif : votre épargne (les fonds « verts » étiquetés Article 9, ou simplement sortir des banques les plus exposées au charbon), votre voix dans votre entreprise ou votre commune (plan de mobilité, rénovation, achats), et votre vote — les politiques climatiques se décident à l'échelle municipale autant que nationale. Voir Agir.